Interview avec Alexandre Stachtchenko de Blockchain & Partner

Chère lectrice, cher lecteur,

L’ÉVÉNEMENT CRYPTOSPRING vous à réveillés !

J’ai reçu des dizaines de commentaires, questions et témoignages !

 Parmi ceux-ci des sceptiques qui pensent que ce marché est un feu de paille basé sur une pseudo révolution technologique (la blockchain) qui n’a en réalité aucun intérêt pratique.

Je ne suis pas du genre à m’emballer pour la moindre nouveauté.

Je suis allé sur le terrain pour comprendre si la blockchain était vraiment utilisée par le monde des entreprises ou non

J’ai donc contacté Alexandre Stachtchenko, Co-fondateur & Directeur Général de Blockchain Partner – entreprise spécialisée au développement de solution Blockchain & crypto pour les entreprises et président de La ChainTech, l’association des professionnels des blockchains & cryptos en France.


Alexandre Stachtchenko

Bonjour Alexandre, merci de m’accorder du temps pour cette rencontre, je sais que ton emploi du temps est chargé !

Je t’en prie Frédéric, je sors effectivement de 4h de formation pour une grande entreprise du CAC40 ce matin !

Mais c’est toujours un plaisir de parler de Blockchain, et toucher le grand public comme tu cherches à le faire avec ta newsletter est louable.

Qu’est-ce qui t’as amené à créer une entreprise de consulting pour développer des solutions blockchain pour les entreprises à seulement 21 ans ?

Après quelques contacts brefs avec la technologie en 2013-2014, ce n’est qu’en 2015, alors que j’étais encore étudiant, que je découvre vraiment la blockchain à l’occasion d’un stage.

C’était dans une boîte de conseil pour le développement de paiements par internet, et c’était si novateur… ça a tout de suite retenu mon attention !

Je me suis passionné pour la question : j’ai beaucoup lu afin de comprendre l’utilité de cette technologie.

J’ai vite compris qu’il n’y avait absolument rien dans le monde francophone pour expliquer cette technologie que personnellement je trouvais révolutionnaire.

J’ai donc décidé de créer un site sur la question et en 2015 Blockchain France est né (qui existe toujours d’ailleurs !).

Rapidement, j’ai été invité à organiser des séminaires et des conférences pour expliquer cette technologie et surtout pour développer des réflexions de développement d’entreprise.

(Modeste, il ne le précise pas mais il est régulièrement invité en qualité d’expert pour en parler sur les plateaux télés : L’info du vrai sur Canal + en novembre 2017,

BFM TV régulièrement…)

En mai 2016, nous collaborons avec Labo Blockchain qui était une équipe plus orientée vers la technique et nous développons ensemble un projet pour la Banque de France. [1]  

A cette occasion, nous découvrons une complémentarité entre nos deux équipes et créons en mai 2017 l’entreprise Blockchain Partner.

Et maintenant que fais-tu exactement avec Blockchain Partner ?

Nous comptons actuellement une vingtaine de salariés.

Nous avons 3 pôles d’activités :

  1. Un pôle formation : nous sommes sollicités pour des conférences et organisons des ateliers d’exploration et d’idéation.
  2. Un pôle consulting stratégique : nous accompagnons des entreprises dans la réflexion sur l’intégration de solutions blockchain : due diligences, analyses de marché etc.
  3. Un pôle développement technique sur mesure : nous réalisons les mandats de certaines entreprises.

En parallèle, nous avons développé 2 produits :

  • L’un visant à faire de la certification d’information (« DataTrust »)
  • Et un autre nommé « TIM » qui est un outil de crowdfunding interne aux entreprises permettant de favoriser l’intrapreneuriat et de retenir les talents

Comment évalues-tu l’intérêt que les entreprises portent aux solutions blockchain ?

Actuellement nous travaillons (ou avons travaillé) avec 60% des entreprises du CAC40.

Je crois que ça montre déjà le grand intérêt des entreprises.

Aujourd’hui je vois 3 groupes se dessiner par rapport à la Blockchain :

  1. Il y a les entreprises bien installées, principalement dans le monde de la finance, qui font l’autruche. Ça me fait penser à la position de la Poste vis-à-vis des débuts de l’Email ou les disquaires avec l’arrivée des mp3 puis du streaming. Elles cherchent des excuses pour ne pas s’y intéresser. Mais la claque sera d’autant plus forte.
  • À l’inverse les startups et les petites entreprises innovantes misent complètement sur un renversement de l’économie et sont pour certaines totalement investies dans la blockchain.

  • Et enfin les entreprises traditionnelles qui ont compris l’enjeu et qui développent des solutions timides ou très ambitieuses. On a par exemple AXA qui a développé une assurance retard d’avion basée sur l’Ethereum ! [2]

Y a-t-il eu une évolution des mentalités depuis la fin de la bulle cryptos ?

Beaucoup pensaient que la bulle allait détruire la réputation des cryptomonnaies et de la blockchain… mais en fait c’est exactement l’effet inverse qui s’est produit.

Les entreprises ont maintenant des questions plus matures et plus techniques.

Entre 2016 et 2017 les questions reflétaient des stéréotypes que les médias ont beaucoup véhiculé :

« Ces cryptos c’est pas uniquement pour le marché noir ? »

« Le Bitcoin n’est pas trop gourmand en énergie ? »

« Est-ce un produit d’anarchistes ou de geeks révolutionnaires ? »

Il y a une réelle évolution et une maturité dans l’approche que les entreprises ont maintenant envers cette technologie.

Cependant, la majorité des entreprises sont encore très timides. La plupart développent des solutions basées sur des blockchain privées au lieu d’oser le pas et l’utilisation des blockchain publiques (Bitcoin, Ethereum, etc…). Mais c’est parfaitement compréhensible lorsqu’on est une entreprise installée de vouloir expérimenter par petits pas, et c’est une démarche saine.

Quelle est la différence entre la blockchain publique et privée ?

C’est la même différence, fondamentalement, qu’entre Internet et les intranets. Les blockchains privées, comme les intranets, permettent généralement d’optimiser des process, mais rien de bien révolutionnaires. Les blockchains publiques permettent, elles, l’innovation de rupture et la transformation du modèle de l’entreprise.

La blockchain publique fait peur car l’entreprise n’a pas le contrôle sur son code. Mais c’est justement cette décentralisation qui fait sa sécurité et tout son intérêt. Je pense que les entreprises vont peu à peu comprendre son intérêt… mais ça prend du temps et on en est encore au tout début.

Parlons maintenant investissement, est-ce que vous avez mis toutes vos économies sur les cryptos ?

Non, non pas du tout !

J’ai toujours un compte courant et un plan d’épargne logement.

Ça serait absurde de tout mettre sur un marché aussi peu mature. 

Par contre, je verse chaque mois une partie de mon salaire dans les cryptos, à titre d’épargne. C’est une partie que « j’oublie » et que je sais que je pourrais m’en passer.

Je suis persuadé que c’est un excellent investissement mais j’ai choisi d’arrêter de m’en inquiéter au jour le jour.

Comment ça, vous ne suivez pas le cours des prix ?

Pas quotidiennement. J’y jette un œil régulièrement, mais ça n’affecte pas mon humeur plus que ça ! J’ai arrêté de m’en inquiéter. Si le prix du Bitcoin monte de 20% ou descend de 20% je suis toujours serein.

Le « daily trading », même s’il peut être très rentable, ne m’intéresse pas du tout.

Se réveiller à 3h du matin pour vendre du Bitcoin car les chinois ont investi en masse pendant que tu dormais est bien trop éprouvant.

Les capitalisations sont encore trop petites, la moindre entrée d’argent fait bondir les cours.

Maintenant j’investis à long terme car je sais que la tendance est à la hausse.

Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

Déjà tout simplement en voyant les entreprises s’y mettre.

Derrière la bourse un peu folle qui fait des bonds dans tous les sens, il y a un écosystème technologique qui se met en place.

Mais j’ai aussi parlé avec les gestionnaires de portefeuilles et là il y a un intérêt toujours croissant qui, à mon avis, est à la source de cette nouvelle vague d’investissement.

Les cryptos sont historiquement et philosophiquement des actifs anti-corrélés à la santé des actifs financiers traditionnels.

En gros, si une banque fait faillite, c’est bon pour le Bitcoin mais c’est mauvais pour tout le marché.

Les gestionnaires voient donc un immense intérêt à mettre quelques pourcentages de leur portefeuille dans cet actif. Il faut savoir que les gestionnaires cherchent la stabilité et fuient la volatilité.

Mais les cryptos sont justement très volatiles pourtant, non ?

Oui car c’est un marché jeune avec une capitalisation qui reste encore très faible.

Mais regardez en Grèce en 2015 ce qu’il s’est passé : beaucoup de gens se sont jetés sur le Bitcoin.

Pareil aujourd’hui avec le Venezuela, les gens Bitcoin pour faire des transactions entre eux ou sauver leurs économies de l’inflation galopante.

Les cryptomonnaies ont prouvé qu’elles étaient une solution alternative au système financier traditionnel.

Aujourd’hui les gestionnaires de fortune commencent à avoir peur d’un effondrement du système financier traditionnel, tout comme en 2008, et cherchent une alternative au marché action.

Si le marché international s’effondre et perd 40% de sa valeur, vous serez très contents d’avoir mis 1 ou 2 % de votre fortune sur les cryptos qui prennent tout à coup 500% à la hausse.

La volatilité des cryptos peut donc vous sauver la mise.

Quel serait votre conseil pour quelqu’un qui souhaite commencer à investir dans les cryptos ? Est-ce trop tard ?

Non, nous ne sommes qu’au début. Cela fait des années que j’entends mon entourage dire que c’est trop tard.

C’était trop tard lorsque le bitcoin valait 200 €, trop tard quand il est monté à 400€, trop tard à 1000€, trop tard à 5000€ etc.

Faites le deuil : vous n’êtes pas parmi les pionniers qui ont acheté du bitcoin à 1€. Mais rassurez-vous, ils ne sont pas nombreux. Et plus vous attendez, plus il sera effectivement un jour trop tard.

On aura encore beaucoup de volatilité mais la tendance est clairement à la hausse sur le long terme.

Ce qu’il faut comprendre c’est que c’est un marché contrôlé par l‘analyse technique plutôt que l’analyse fondamentale. Il y a donc énormément de volatilité.

Si vous n’êtes pas un trader professionnel, je donne donc les conseils suivants :

  • Investissez ce que vous êtes prêts à perdre totalement. Personnellement j’investis des petits montants et « j’oublie ». Je viendrai chercher plus tard, peut-être dans quelques années.
  • Investissez dans ce que vous comprenez. En dehors de Bitcoin et éventuellement du Top 10 des cryptos, il faut avoir des connaissances poussées sur les fondamentaux des projets, car ils ont un risque non négligeable de disparaître complètement.
  • Si vous voulez investir dans des cryptos moins importantes, faites très attention !

Les « petits » projets cryptos doivent être approchés différemment du Bitcoin :

  • Certains feront sans doute des hausses très impressionnantes car ils sont beaucoup plus volatiles que le Bitcoin,
  • Il y a cependant beaucoup d’arnaques et de mauvais projets
  • Il faut comprendre ce qu’il y a derrière et faire une véritable analyse de l’entreprise.

Bref, si vous voulez vous lancer dans ce marché, cherchez donc des bons conseils et lisez beaucoup ! Aiguisez votre esprit critique, car il n’y a pas de « source officielle » sur les cryptos.

Merci beaucoup Alexandre et bonne continuation avec ton entreprise

Merci à toi Frédéric et bonne chance à toi et à tes lecteurs !

Frédéric Duval

Sources :

[1] http://blockchainpartner.fr/comprendre-projet-blockchain-de-banque-de-france/

[2] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/retard-d-avion-axa-lance-une-assurance-automatique-sur-la-blockchain-750202.html





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