Brexit et les deux Europes

Nous avons tendance à voir la politique comme une discipline différente de l’économie.

De nombreux scientifiques affirment pourtant l’inverse.

C’est notamment le cas de l’école des Choix Publics qui voit le jeu politique comme répondant à des mécaniques similaires à celle du jeu économique.

Pour cette raison, le Vaillant Petit Economiste se penche régulièrement sur l’actualité politique pour mettre en lumière les mécanismes qui se jouent dans l’arène politique.

A la mi-juillet, Theresa May présentait son « livre blanc » faisant une liste de propositions pour appliquer le Brexit.

Sans surprise, le résultat de son travail est extrêmement critiqué par les partisans, tout comme par les opposants, du Brexit.

La gauche lui reproche d’avoir maintenu le respect des règles européennes de la concurrence qui les empêchent de mettre en place une politique socialiste.

La droite lui reproche d’être trop conciliante en laissant trop de pouvoir à l’UE.

Ainsi, Theresa May propose de laisser la gestion des relations commerciales à la Cour de Justice européenne et de reprendre automatiquement les règles futures de l’UE. Dans les faits, la Grande-Bretagne ne pourrait pas signer d’accord commercial avec d’autres pays sans passer par l’UE.

Pour finir, ce n’est pas assez pour certains politiciens de l’UE. Pour eux, la libre-circulation des biens doit être assortie de celle des personnes et des capitaux ainsi qu’à l’acceptation d’un règlement commun.

Ils affirment que la Grande-Bretagne ne doit pas pouvoir faire du « cherry picking » avec l’UE. Elle doit souffrir de sa sortie même si l’UE y perd également de nombreux intérêts commerciaux.

Les politiciens européens savent qu’ils feront un accord perdant-perdant et c’est leur intention : la priorité est de maintenir la solidité de l’Union en affaiblissant les autres revendications séparatistes.

On est loin de la recherche du « Bien Commun » revendiquée par les autorités mais simplement dans la réalité cynique de la dynamique politicienne.

 

Les deux Europes

 

Cependant, l’UE n’est pas unie sur ce sujet comme sur tant d’autres.

La Pologne s’est déjà désolidarisée de ce rejet du Livre Blanc.

La libre-circulation des personnes et plus particulièrement la gestion de la migration n’est pas acceptée par tous les pays. Le groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie) qui s’était opposé aux quotas migratoires en 2015-2016 a été rejoint par l’Autriche et l’Italie sur ces questions.

En fait, une scission idéologique importante existe entre l’Est et l’Ouest de l’Europe sur l’immigration.

Les pouvoirs publics sont élus par des peuples avec des histoires et des cultures différentes.

L’Allemagne, la France, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas et les Royaume-Unis ont un passé colonial très important. Ils ont développé une conscience de mission civilisatrice puis une certaine culpabilité et un besoin de rédemption.

On pourrait opposer que l’Italie a également colonisé la Lybie et l’Ethiopie. Cependant, cela s’est fait pendant une parenthèse de deux décennies sous un régime fasciste rapidement démantelé.

Au contraire de l’Ouest, les pays du Centre et de l’Est de l’Europe ont plutôt vécu l’occupation et la colonisation. Après des décennies ou des siècles de domination, ils sont farouchement attachés à leur indépendance et leur identité.

Ils sont indifférents au « fardeau de l’homme blanc » et à une certaine culpabilité raciale et civilisationnelle qui existe en Occident.

Face à l’immigration, ces pays ont donc une approche complètement différente, voir opposée.

L’Ouest y voit une obligation morale. L’Est y voit une nouvelle invasion.

L’Ouest accuse l’Est de racisme et de populisme. L’Est accuse l’Ouest de les voir comme des vassaux et de menacer leur indépendance.

L’Union Européenne est face à un dilemme. En appliquant la règle de la majorité démocratique, elle appliquerait les volontés de l’Ouest sur l’Est et confirmerait les craintes de ces pays vis-à-vis de l’UE.

Elle signerait ainsi son arrêt de mort et sa dissolution.

En acceptant la remise en question de la libre-circulation des personnes et les quotas d’immigration, elle laisse les pays du Sud (Espagne, Grèce, Italie) face à leurs problèmes et sape l’idéal d’entraide entre les pays de l’UE. Un consensus sur cette question parait difficile.

Reconnaître ces différences historiques et culturelles est déterminant pour comprendre la dynamique de la politique européenne.

Face à ses défis et ses précédents ratés (euro, chômage de masse, « sauvetage » de la Grèce), l’UE ne peut pas se permettre d’entretenir un conflit ouvert avec une partie de ses membres. Les parlementaires européens qui se bornent à lutter contre « le populisme » sont juste sourds aux dissensions internes à l’Europe et pourraient aller jusqu’à signer la mort de l’Union.

Un tel cataclysme politique entraînerait de nombreuses incertitudes.

Quel est votre avis sur le sujet ? La dissolution de l’UE est-elle inévitable ?

 

Frédéric Duval

P.s : Pour plus d’informations, lisez cet excellent article de Philippe Fabry

Source : https://wszystkoconajwazniejsze.pl/philippe-fabry-le-monde-selon-les-deux-europe/

 





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