SNCF : un épisode estival au goût de déjà-vu

Débutée en avril, la grève intermittente a coûté plusieurs centaines de millions d’euros à la SNCF et est un échec flamboyant à tous les niveaux :

L’entreprise qui avait une bonne reprise au trimestre précédent, et qui envisageait de sortir peu à peu des déficits permanents, replonge à nouveau dans les chiffres abyssaux.

Les clients qui dépendaient du fret ferroviaire et les voyageurs se sont retrouvés à changer leurs plans, engendrant également des frais et une réduction de leur confiance envers la société.

Les contribuables, qui épongeront finalement la facture de ces dérangements, peinent à voir l’intérêt de continuer à soutenir cette entreprise nationale.

Par l’intimidation et les dissensions internes entre pro- et anti- grévistes, l’ambiance de travail et la fraternité entre collègues s’est dégradée.

Finalement, même les revendications des grévistes se heurtent à un corps politique qui ne peut plus rien leur promettre. La mise en œuvre des réformes dont la principale, à savoir l’ouverture à la concurrence, est non-négociable car imposée par l’Union Européenne.

La scène internationale reste bouche-bée face à cette situation typiquement française. Mais pourquoi avons-nous chaque fois l’impression d’une répétition, lassante, et d’un échec perpétuel ?

 

Le secteur public et ses incitatifs

 

Il faut comprendre que la grève est symptomatique du secteur public.

La comparaison entre public et privé est flagrante. En 2010, le privé atteignait 0,07 jours de grève par salarié contre 3,78 à la SNCF et il s’agissait là d’une année relativement standard en comparaison de 1953, 1968 ou 1995.

Nous n’avons jamais vu de grèves d’informaticiens, de coiffeurs ou de restaurateurs mais cependant c’est régulièrement que l’on voit les étudiants, enseignants, cheminots ou infirmiers battre le pavé pour « leurs droits ».

Leurs points communs : ils sont tous régentés par l’Etat et sa politique.

Généralement la raison de ces grèves sectorielles est caricaturée de cette manière : classe de privilégiés capricieux, lutte pour préserver ou étendre les « acquis sociaux », ils sont simplement de gauche, ils sont conservateurs et ne veulent pas le changement, etc…

En réalité les fonctionnaires ne sont pas bien différents des employés du privé, ils ont simplement des incitatifs différents !

Contrairement à la libre-entreprise, les fonctionnaires sont soumis à l’Etat et non au jugement de leurs clients et il n’y a que la pression politique qui leur permet d’améliorer ou préserver leur situation.

Les changements dans le domaine public sont rarement dus à un changement de goût, de technologie ou de priorité des clients mais purement de l’arbitraire de l’Etat.

Les coupes budgétaires, les changements de programme scolaire, d’horaire ou de conditions de travail et la hauteur des salaires n’ont rien à voir avec la demande des citoyens.

Il s’agit purement de la politique, son jeu partisan interne, ses pressions budgétaires et son idéologie.

Quand ce sont prioritairement des politiciens en costard et des fonctionnaires derrière leurs tableurs qui viennent vous dicter le fonctionnement de votre entreprise et fixer votre salaire, vous n’avez que la pression politique pour faire changer les choses.

En comparaison, un restaurateur et ses employés qui voient leurs revenus baisser ne peuvent blâmer leurs clients ou l’Etat… seulement prendre acte que leur production ne répond plus à la demande et l’adapter.

C’est ce rapport direct entre l’offre et la demande qui fait que le secteur privé n’a pas d’incitatifs à faire la grève contrairement au secteur public soumis à l’Etat.

Lorsque le privé se met en grève ou en mouvement politique, cela est généralement lié à une législation injuste ou discriminatoire (la grève des chauffeurs de taxis face à UBER est symptomatique).

La grève est donc constitutive d’une réaction à l’asservissement politique d’un secteur productif.

 

Comment sortir de ce cercle vicieux ?

 

La France n’est pas malade de sa SNCF, elle est malade de son incompréhension économique, de son idéologie et de sa vision conflictuelle du rapport social.

Le privé est vu comme mal payé, peu sécurisé voir même qualitativement moins bon.

Il est clair que, contrairement au public, le privé ne bénéficie pas d’une clientèle captive (les contribuables). Cela permet effectivement de contrer les aléas d’une société qui évolue.

Cependant, ils troquent la sécurité de leur situation contre leur liberté d’agir, leur responsabilité d’entrepreneur contre l’assujettissement au politique, les incertitudes de la demande du public contre l’arbitraire de l’Etat et de son appareil bureaucratique.

Ne vous sentiriez-vous pas également injustement traité quand vos actions ne souffrent ni de responsabilité ni de récompense ?

Contrairement aux idées reçues, les chemins de fer privés entretiennent leurs réseaux avec autant voir plus de professionnalisme et de sécurité que le « Bien Public ».

Le personnel de bord britannique privé est payé jusqu’à 40% de plus qu’en Allemagne et en France. Le réseau japonais, privé, est le plus performant et le plus utilisé au monde.

Suite à la privatisation du secteur, la république tchèque et la Pologne ont des compagnies privées de trains et bus qui dépassent la qualité des compagnies publiques occidentales.

 

Source : https://erail.era.europa.eu/documents/SPR.pdf page 52.

 

En France les mythes ont la peau dure et celui entourant le privé ou la « privatisation » est des plus tenace.

Face à la catastrophe de sa situation, la SNCF doit faire une réforme politique en profondeur. Il ne s’agit pas de savoir s’il faut plus ou moins de trains, plus ou moins de salaires ou d’investissement. Il s’agit de faire un changement systémique pour changer les incitatifs économiques !

L’ouverture à la concurrence de l’UE est un bon pas en avant mais tant que la politique viendra secourir et dicter la SNCF, il n’y aura pas de changements significatifs.

La priorité devrait être de redonner le pouvoir de décision à la SNCF et de les détacher peu à peu de l’argent public.

Il s’agit d’un vaste chantier autant politique que pédagogique pour la société en général.

Le gouvernement Macron a-t-il la volonté de le faire ?

Faut-il encore une fois une pression extérieure à la France pour que nous abordions les sujets qui fâchent ?

La pression européenne est presque malheureuse car c’est avec le sentiment d’être infantilisé que de nombreuses personnes percevront cette réforme(tte). Avec un tel ressentiment, les français n’apprendront rien de cette leçon SNCF.

Avec le Vaillant Petit Economiste, nous essayons d’offrir un point de vue différent à nos lecteurs. En analysant les incitatifs, les phénomènes économiques parfois peu visibles, nous vous offrons une vision différente des idées dominantes véhiculée dans les médias.

Notre rédaction est persuadée que c’est par l’analyse des faits et des phénomènes, loin des visions noir-blanc véhiculées par la politique que nous pouvons améliorer notre situation économique, autant au niveau sociétal que personnel.

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Le Vaillant Petit Economiste





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